Parole inacceptable

L’engagement dans la parole

La dernière rencontre, appelée colloque NDI, m’a donné l’occasion de réfléchir sur le terme implication, lié intrinsèquement à la pratique NDI et aux rencontres. Les sessions elles-mêmes ne peuvent se dérouler que si les participants s’engagent dans une parole.

Cette parole est elle-même une expérience. Elle n’est pas simple description mais ravive ou provoque souvent des émotions, pour le sujet ou les autres participants. Ainsi vécue elle est dynamique : elle clarifie la confusion des sentiments, libère des charges émotionnelles, facilite la résolution des conflits, redonnant souvent les capacités de projets et d’enthousiasme à la personne engagée dans ce processus.

Cette dynamique de la parole concerne aussi les autres, ceux qui écoutent et réagissent en leur for intérieur ou en s’exprimant. Enfin, l’intervention de l’animateur et ses réactions sont les clés de la réussite de la session. Il propose, reformule, exprime ce qu’il ressent dans le cadre de ce qui a été dit.

Existe-t-il une parole inacceptable ?

C’est la question que je me pose en sortant de la dernière rencontre-colloque qui était je le rappelle consacrée au bilan.


Dans la foulée des élections présidentielles, en arrivant à Cesenatico, j’avais encore en tête les paroles des candidats, de ceux aussi qui suent la xénophobie, le racisme, la haine parfois. Cette parole là, j’ai la liberté de la refuser, de la dénoncer.

Pourquoi m’a-t-elle cloué le bec pendant une session de Cesenatico ?

Pourquoi ai-je réagi si mollement et pourquoi ce silence presque général après une si longue intervention faite d’accusations mensongères, de fantasmes racistes et de haine de soi de la part d’un participant ? J’ai accepté qu’un raisonnement tordu induise que nous étions tous des salauds puisque nous traitions cette personne comme un rebut de l’humanité. Ce qui est uniquement un fantasme de sa part. J’étais sidérée.

Comme s’il fallait vite oublier. Vite oublier le dégout pour ces idées, l’envie de vomir. Nous étions devenus poubelles. J’ai accepté de respirer cette odeur sans réagir ou presque. J’étais sidérée.

Pour moi, sachez que c’est seulement la surprise qui a retardé ma réaction. L’envie d’oublier vite aussi sans doute. Pourquoi n’ai-je pas réagi devant tous. J’aurais peut-être ainsi éclairé la personne concernée sur mes propres sentiments. Je lui aurais dit qu’enfin je comprenais d’où venait mon sentiment de répulsion : tout simplement de ses idées et de sa haine envers lui-même. Oui, une personne dont les idées me répugnent ne peut m’attirer ; au contraire je la fuis ; elle est inacceptable, à cause de ses idées inacceptables transmises dans des paroles inacceptables. Inacceptable pour moi, cela va de soi. Mais pas que. J’étais sidérée et je n’ai rien dit.

Que faire ?

Les dernières rencontres avaient un statut un peu particulier : il s’agissait d’essayer un bilan et un analyse pour l’avenir de ces rencontres et pour la NDI, c’est pourquoi il avait été appelé « colloque » et n’était pas ouvert au grand public.

Dans la pratique, de nombreuses sessions se sont déroulées comme des groupes de développement personnel. Au cours d’une plénière nous avons eu droit à l’intervention à laquelle je me réfère aujourd’hui pour mettre en question un certain type d’intervention pour moi inacceptable.

Alors une question se pose et je vous la pose : le développement personnel est-il un objectif inconditionnel de la NDI ? Ou plutôt par quoi passe ce développement personnel ? Par l’acceptation inconditionnelle de l’inacceptable par tous les autres? Je ne suis pas d’accord.

Se développer n’est-ce pas aussi être capable de recevoir des refus, de se regarder dans la glace pour reconnaitre que si l’on dégoute les autres ce n’est certainement pas de leur « faute » mais la conséquence de la haine que l’on se porte à soi-même ?

Une implication peut-être inacceptable, la refuser est aussi une réponse. Mais bon, ce n’est pas ce que j’ai fait.

En tout cas ça m’aura fait réfléchir ! Mais je n’ai pas fini.

Ne pas parler de soi à la NDI : un oxymoron !

Lors du Colloque il y a eu une confusion : nous étions invités à une discussion sur la NDI, nous nous sommes retrouvés en groupes de développement personnel. Pourquoi ? Et bien parce que la pratique NDI c’est avant tout une pratique où l’on parle de soi. Et là l’objectif n’était pas de parler de soi mais de cette pratique-là, de cette expérience, et de faire un bilan. Mais vous voyez bien que c’est difficile de faire des bilans ! Le plus facile, et qui nous attire comme des mouches (et moi je suis une grosse mouche !), c’est de boire le miel du parler de soi !

C’est pourquoi j’en suis arrivée à cette conclusion : ce n’était pas une bonne idée d’inviter un large public d’habitués des rencontres à ce colloque fait pour prendre un peu de distance par un bilan. Pas une bonne idée d’inviter les personnes qui sont en thérapie avec les animateurs, ni les personnes qui se placent toujours en rivales des animateurs ou organisateurs et ne viennent que pour se confronter stérilement à eux.

En effet que pouvait-il arriver avec ce genre de participation ? Ce qu’il arriva : une déviation des buts du colloque. Une insatisfaction pour beaucoup, donc. Aurions-nous pu en faire l’économie ?

3 thoughts on “Parole inacceptable”

  1. Merci et bravo d’avoir réagi Jeanne. J’apprécie beaucoup ce que tu as écrit et partage ton courroux et ta déception (je ne sais si tu utiliserais ces qualificatifs mais je les écrits !). Ma déception personnelle après le colloque de Cesenatico est grande, même si ma colère après les faits que tu relates l’est moins dans la mesure où j’y mets plus de distanciation.

    Mais je partage ton appréciation : certaines personnes n’avient rien à faire à ce colloque et je n’étais pas d’avis de les inviter. Je ne l’ai pas dit expressément lors des discussions au sein de l’équipe d’animation (des Rencontres de Trimurti), mais les objectifs définis par cette équipe pour ce colloque ne justifiaient pas leur présence. Je ne citerai pas de nom pour ne blesser personne et par respect pour chacun.

    Autant dans les Rencontres NDI l’acceptation de tous est une règle que j’approuve (même si dans certains cas ça pose beaucoup de problèmes ! * ), autant dans un colloque dont le but était de parler de la NDI et de tenter un bilan, le choix des participants (car il s’agit d’un choix !) était à faire en fonctions de l’intérêt des personnes pour la NDI et de l’apport qu’elles pouvaient faire au débat.
    Je souligne que ce choix me semble encore plus délicat à faire lorsqu’il s’agit de constituer un groupe continu du genre Triti car il me semble indispensable que chacun s’y sente bien et respecté.

    Ceci dit, ta non réaction, comme celle de toutes les personnes présentes à cette plénière du dernier jour à Cesenatico, a été, à mon avis, adaptée.

    Plus largement est posé la limite de la NDI (comme de toute méthode de développement personnel) : peut-elle aider tout le monde ? Jusqu’à quel point ?
    C’est un débat que je trouverais intéressant d’avoir, mais plutôt de vives voix.

    Se pose aussi les raisons de l’échec du colloque car je considère qu’il a été un échec dans les objectifs qui en étaient attendus.
    Voilà une question délicate posée à tous les participants, mais en particulier aux membres de l’équipe d’animation. Limites de l’animation NDI dans ce type de rencontre ? Ou autres raisons ?

    * Les Rencontres de Trimurti, par la structure mise en place et par le fonctionnement institué, sont un lieu privilégié pour se confronter aux personnes et aux situations difficiles que l’on peut être amené à rencontrer tous les jours dans sa vie professionnelle, sociale, amicale, familiale, de couple.
    Aux Rencontres NDI sont réunies les conditions pour observer, réfléchir et mieux comprendre ce genre de situations, échanger et partager avec des personnes qui en ont l’expérience, acquérir une certaine distanciation par rapport à elles qui permet de mieux se positionner ensuite et donc de mieux s’en défendre.
    L’une des valeurs de la NDI (vu du côté de l’animateur/thérapeute) est aussi de ne rejeter personne car ce ne serait pas aidant pour elle.

  2. Merci Jeanne, pour ton commentaire sur le Colloque. Je suis d’accord avec tes arguments et analyses et en ce qui me concerne je ne suis pas fière de mon silence lors de l’intervention que tu cites. Je me suis dit que j’avais réussi à me contenir toute la semaine malgré les attaques de cette personne à mon encontre et que je n’allais pas craquer le dernier jour…Pourtant, ce qui m’a fait le plus mal a été quand cette personne a dénigré quelqu’un d’inconnu de la majorité du groupe mais estimé par moi et là, j’ai failli bondir. Je me suis sentie lâche et j’avais envie de vomir. Je pense vraiment que cette personne n’avait rien à faire parmi nous et ne comprend pas qu’elle ait été invitée !

    Par contre, je sais maintenant qu’en tant que participante, je peux faire des interventions que ne peuvent se permettre les animateurs. Comme je suis en formation, je vais profiter de ce cadre pour m’entraîner !

    Par contre, à titre personnel, je suis enchantée du Colloque. Il m’a permis de retrouver l’enthousiasme et la passion pour des projets et d’avoir les yeux brillants…J’ai adoré entre autres les ateliers sur la sexualité et les valeurs de la NDI et aussi les ateliers basés sur le travail des personnes.
    Bien sûr, ce n’était pas le but du Colloque et je m’inquiète pour l’avenir des Rencontres que nous n’avons pas évoqué. Parce que je me sens très impliquée dans la NDI et tout ce qui en découle dans ma vie par rapport à moi, par rapport aux autres. Mais je suis optimiste et je suis sûre que nous reparlerons de ces rencontres dans d’autres lieux, avec d’autres personnes…

  3. Je comprends qu’on puisse juger inacceptable ce qu’on ne peut accepter. Cependant cela peut entrainer deux stratégies.
    La premièere est de s’nterroger sur les raisons pour lesqelles on juge cela inaccpetable et éventuellement de fairte connaitre ces raisons à celui on ceux qu’on juge inacceptables C’est une stratègie de communiçcation qui donne ce qu’elle donne et peut parfois échouer
    La deuixème stratégie qui est apparemment celle de l’auteur de l’intervention initiale consiste à préconiser une attitude d’exclusion : il ne faut pas admetrte certaines perconnes, la sélection des participants a été mal faite, etc .Je nesuis pas a priori contre une telle stratyégie qui est assez courante dans la vie sociale, mais je fais remarquer qu’ele ne mène à rien, sinon à l’émergence de réactions de défense, qui grimpent les unes sur les autres et se neutralisent
    Concernant le fait que le colloque a été centré majoritairement sur le développment personnel , je fais remarquer que cela s’est fait bien que nous ,les organisateurs ayions explicitement proposé de faire un bilan, n’ayions pas cessé de faire des propostions allant dans ce sens et mis tout en place pour que cela puisse avoir lieu. Le fait que cela n’ait pas eu lieu autant que nous le souhaitions noius apporte une leçon, qui est probablement l’essentiel de la NDI, à savoir qu’un groupe ne fait que ce qu’il veut , quelles que soit les efforts qu’on déploire pour aller dans un autre sens. Et cela s’est fait, il faut le remarquer, malgré les opin,ions de ceux qui anjourd’hui protestent, qui aurtaient fort bien pu intervenir. dans le sens qui leur convenait…

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