Touche pas à mon A.D.N.

       Le code de nationalité de 1986, dans son article 44, accordait la nationalité française au moment de sa majorité, à toute personne née sur le territoire national et y ayant résidé cinq ans. C’était le droit du sol, déjà fort contesté à l’époque, car, disait-on, cela ouvrait la porte à des naturalisations incontrôlées … Malheur… ! Et si tout le monde voulait devenir français… ! Que devrait faire alors la France « terre d’accueil et d’asile… »

Malgré tout, le droit du sol se dressait en face de celui du sang.

Mais, devait-on se considérer français parce-qu’on descend d’autres français (de France profonde, c’est encore mieux…), ou parce qu’on a reçu une culture française… ? On voulait bien accueillir les travailleurs étrangers dont on avait besoin, mais devait-on les considérer, eux et leurs enfants, comme potentiellement français… ?

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On peut dire que le discours sur l’immigration s’est construit idéologiquement depuis plus d’un siècle, discours où toute une xénophobie ambiante a vu le jour. Peu à peu s’est installée la peur de l’arrivée de populations étrangères, peur qui s’est transformée peu à peu en appréhension de l’invasion. On imagine des migrations massives, dangereuses, des hordes peut-être… Ce n’est plus nous qui allons coloniser les pays sous développés, mais ce sont les peuples de ces pays (pourquoi pas les peuplades…) qui viennent envahir la vieille Europe… et la France, bien évidemment…

Peut-être pourrait-on se rappeler un discours célèbre de Mussolini qui, dans les années trente, désignait les envahisseurs de la manière suivante : « …La race blanche toute entière, la race occidentale, peut être submergée par les autres races de couleur qui se multiplient suivant un rythme inconnu à la nôtre. Les nègres et les jaunes sont-ils à notre porte ? Oui, ils le sont… »

Si, comme le dit Hervé le Bras dans «  Le sol et le sang », le Duce avait remplacé le mot « race » par le mot « culture », s’il avait dit Africains, Arabes ou Asiatiques au lieu de « nègres ( fie donc ) et « jaune » (fie bis…) peut-être ce discours aujourd’hui serait-il très acceptable pour un certain nombre de nos concitoyens… ?

Est-ce que le Figaro Magazine pourrait reprendre un de ses titres de 1985 «  Serons nous encore français dans trente ans… »

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Derrière le travailleur immigré qui se devait d’être bien tranquille, nous avons découvert un homme avec ses attachements, sa famille, son drôle d’accent quand il s’essaie à parler notre langue, ses désirs qui peuvent être très loin des nôtres, sa culture… Est-ce que cela nous a fait peur… ?

Mais heureusement pour nous la culture est là… !! Elle offre un argument pour refouler l’immigré, l’autre, le différent. Car, s’il veut rester, il doit l’abandonner pour s’assimiler à la grande Nation, qui ne lui demande plus de venir, comme elle le faisait dans les années 60 quand on manquait de main d’œuvre, mais qui, maintenant, quand il est là, le juge dérangeant, voir indésirable…

Comment… ? Ces gens là réclament des logements (alors que nous avons tant de « vrais » français mal logés…), demandent du travail (on les dit souvent paresseux…), réclament une couverture sociale (forcement ils arrivent souvent mal portants…), exigent la scolarisation pour leurs enfants (alors que nos classes sont surpeuplées…)

Allons, reconduisons à la frontière tous ces clandestins, ces sans papiers, ces illégaux de la planète et peu importe si pour les renvoyer, nous devons leur mettre des fers aux pieds. Neuilly, ville propre, le restera…

Toutefois, nous ne devons pas faillir à notre réputation (France terre d’accueil, terre d’asile, a-t-il été écrit plus haut…). Nous choisirons les personnes en fonction des besoins de chaque branche de notre économie, pour que cette dernière prospère davantage. A nous les ingénieurs, les médecins, les techniciens de tous ordres … Pourront s’y ajouter quelques balayeurs pour nettoyer les trottoirs de nos villes, quelques jeunes hommes solides pour encaisser les vibrations du marteau piqueur sur nos routes. Mais attention, nous devrons veiller aux quotas… !

Et pour que tout ce joli monde s’assimile vite et bien, il devra, avant de partir pour rejoindre cette France terre d’asile… ;(voir plus haut…) être imprégné à l’avance de la merveilleuse culture qui a façonné les français de France. et parler notre si belle langue.

De plus, on n’acceptera que les familles, les vraies, celles dont l’A.D.N. est la même pour tous les membres la composant. Foin de ces familles recomposées, décomposées, gays, lesbiennes, monoparentales, multi parentales… Rappelons-nous « Travail (pour gagner plus…), Famille (pour rester entre nous…) Patrie ( pour être fier d’être français…)

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Heureusement, nous nous sommes un peu réveillés. Nous avons eu un peu honte… «  Touches pas à mon A.D.N… » a-t-on beaucoup entendu ces derniers temps. On avait aussi beaucoup dit il y a quelques années « Touches pas à mon pote… », l’autre, le différent, l’étrange, l’étranger.

Parodiant François Villon doit-on aujourd’hui écrire :

« Que sont nos potes devenus

Que j’avais de si près connus

Et tant aimés…

La vie les a si clairsemé

Le vent déjà les a ôtés…

L’amour est morte…

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