Existe-t-il des « valeurs NDI » ?

J’expose ici ce que j’entends par NDI (non-directivité intervenante : termes inventés par Michel Lobrot dans les années 70). J’insiste ensuite sur un point : même si la NDI permet, entre autres, de découvrir et de vivre certaines valeurs très enthousiasmantes, je pense qu’il est important de distinguer très clairement ces valeurs et le concept de la NDI !

J’associe 3 éléments précis au concept de NDI :

  • 2 principes
  • 1 famille de situations où ces principes s’appliquent

Tout d’abord la famille de situations : je ne parle de NDI que lorsque quelqu’un se centre sur le développement d’une autre personne, c’est-à-dire essaye de l’aider à avancer vers le mieux-être. Cela touche la formation (à l’école, dans les entreprises…), l’animation (les groupes de développement, les colonies de vacances…), la thérapie (en tête à tête, en groupe…), etc. Il ne s’agit donc ni d’échanges relationnels simplement amicaux (et non axés sur la volonté d’aider une personne), ni de gestion de conflits, ni de gestion d’unités de production de yoghourts…

Je formule les 2 principes ainsi :

  • La personne sur laquelle on se centre a le dernier mot. Les choix qu’elle fait sont les meilleurs pour son propre développement : par exemple elle est toujours légitime si elle refuse de commencer ou de continuer une activité.
  • La personne qui se centre sur l’autre propose, incite, encourage, stimule, etc. (directement ou via la mise en place d’un certain environnement).

« Non-directivité » traduit le premier principe. « Intervenante » traduit le second. Du fait du second principe, le premier n’est pas exactement la « non-directivité » : la personne sur laquelle on se centre peut très bien accepter de faire une activité uniquement parce qu’elle a confiance dans la personne ou le groupe qui la propose. Elle ne l’aurait pas fait sinon, elle ne « sent » pas vraiment l’activité. Dans ce cas, il s’agit d’une certaine forme de « directivité » au sens courant du terme (et ceci même si la proposition d’activité est basée sur l’écoute des désirs de cette personne). L’expression NDI ne traduit donc pas parfaitement ce dont il s’agit, puisque cette forme de « directivité » y existe. Cela est une parenthèse, mais c’est une précision essentielle pour saisir ce que j’entends par NDI.

Bref, pour moi, la NDI n’est associée directement qu’à deux valeurs :

  • [ND] : la confiance dans le chemin de développement que prend l’autre
  • [I] : la conviction qu’il existe des influences intentionnelles constructives

Evidemment, d’autres valeurs découlent de la NDI. La liberté, l’écoute des désirs, l’empathie, l’implication, la prise en compte de la subjectivité de l’autre, l’authenticité, l’expression opportune de son ressenti, l’écoute, le respect, la tolérance, le partage, etc. De nombreuses personnes font l’expérience de la pertinence de ces valeurs grâce à des moments où la NDI est utilisée. De plus, ces valeurs peuvent évidemment servir dans d’autres situations que celles évoquées ci-dessus (des situations autres que celles où quelqu’un se centre sur le développement d’une autre personne).

Du coup, je constate que, bien souvent, lorsque les gens évoquent la NDI, ils ne le font pas à partir des 2 principes et de la famille de situations où ils s’appliquent. Ils le font à partir des autres valeurs dont je viens de parler. Soit la NDI est bien associée à une situation où quelqu’un se centre sur le développement d’une autre personne, mais elle est décrite à partir des valeurs. Soit elle est associé à une situation qui n’a rien à voir avec la centration sur le développement de quelqu’un d’autre : la NDI est alors décrite comme une philosophie de vie, une éthique de vie, etc.

Ces 2 évocations de la NDI me semblent vraiment dommages pour plusieurs raisons :

  • Cela rend plus difficile la promotion de la NDI :
    • On perd en clarté. La NDI est présentée comme un ensemble de valeurs (par exemple : c’est une approche dans laquelle chacun peut s’exprimer, être écouté, être accepté comme il ou elle est dans sa subjectivité, être respecté dans ses différences, c’est une approche où la tolérance et l’implication est encouragée, etc.). Ces valeurs ne peuvent donner qu’une idée très vague des spécificités de la NDI. C’est ce que j’appelle une « soupe ».
    • Si quelqu’un n’adhère pas à l’une des valeurs, il ne peut pas se reconnaître dans la NDI : par exemple, un instituteur qui ne souhaiterait pas mettre l’accent sur l’écoute et l’expression des ressentis des enfants (pour ça, « il y va à l’intuition »), mais qui préfèrerait investir son temps et son énergie sur la mise en place d’un environnement stimulant.
    • On énerve les personnes d’autres courants de développement car on a l’air de s’approprier certaines valeurs (ces fameuses « valeurs NDI ») auxquelles eux-mêmes adhèrent.
  • Cela encourage les gens à adopter un système prémaché de valeur, c’est-à-dire à adopter des valeurs non pas par expériences, par ressentis, par réflexions, par observations des résultats obtenus, mais parce qu’elles seraient NDI (donc bonnes). Ce dernier point est pour moi le point le plus important. Il me semble être une dérive particulièrement nuisible !

Dans un prochain texte, j’essaierai de voir en quoi la NDI est pertinente, c’est-à-dire en quoi les 2 principes et la famille de situations associée permettent effectivement d’aider à avancer vers le mieux-être ! Cela m’amènera en même temps à envisager les conséquences de la certaine « directivité » qui est présente dans la NDI.

Guilain Omont

PS : voici des exemples d’évocations de la NDI qui me semblent dommages. Essayez de trouver pourquoi (NDI décrite à partir des valeurs non spécifiques ou NDI qui déborde de son champ d’application) ! 😉

  • « Je leur ai dit que je trouvais qu’ils parlaient trop fort, ce n’est pas très NDI, ça ! »
  • « Je suis participant à un groupe de parole, si je veux être NDI, je dois prendre ma place dans le groupe »
  • « Dans la NDI, si on propose une activité corporelle, on doit laisser les participants exprimer ce qu’ils sont vraiment, donc on ne doit presque pas donner de consignes ! »
  • « Comme je suis quelqu’un de NDI, chaque fois que je suis en compagnie d’une personne, il faut que je sois à l’écoute de ses désirs »
  • « J’utilise la NDI pour l’ensemble de ma vie ! »
  • « S’il n’y a pas d’expression des ressentis, l’activité n’est pas NDI »
  • « La NDI ne me convient pas car j’ai besoin de consignes strictes »

4 thoughts on “Existe-t-il des « valeurs NDI » ?”

  1. Caro Guilain,

    I have some remarks about your text. If you want to reply, for me you can do it in french, because I read french quite well.

    I think that, for instance, you cannot remove the listening of the desires from the fundamental principles of the theory, because it is a logical consequence of the two principles. If I well understand your second principle, the proposals and the interventions you speak about are centred on the desires of the person. In this case, it is necessary to know such desires, and the listening of the desires is logical necessity. Together with the listening of the desires, you must also include all what is necessary to this purpose, like for instance the emphatic listening, and so on.

    The other possibility is that in your second principle you do not require that the interventions are centred on the desires of the person. In this case however I think that the theory is too poor, and it has no utility.

    I will tell you my personal understanding of NDI (Michel, please be comprehensive with me).

    There are two basic assumptions about the way in which human beings work, which corresponds to your two principles:

    1) the directions of the development of a person can only be the ones determined by the person himself

    2) the development of a person needs stimulations from the external environment, and such stimulations must be in accordance with the directions of the person.

    The so called “values of NDI” are these two assumptions plus more specific psychological laws and tools which allow us to determine what are the environmental stimulations which are good for every person. For instance, the listening of the desires is one of them. One should adhere to these values not just because they are good in some ethical sense, but because they works. Of course, one should prove in a scientific manner that they actually work, and this is surely a fundamental problem. I have only the empirical evidence that, on myself, most of them work. I also have the empirical evidence that on myself few of them do not work. For instance, I do not feel that the emphasis on positive feedbacks always helps my development. Actually, I am not sure that this is really a value of NDI, and this remarks is correlated to the request I made to Michel for a more precise formalization of the theory.

    Not all the values of NDI are logically independent (on the contrary, I think that most of them are logically interconnected). For instance, there are logical reasons which prevent one to adhere to the two basic assumptions and to reject the listening of the desires when he wants to help the development of a person. As explained before, one cannot create stimulations which are positive for a person without knowing what are the directions (desires) along which that person wants to develop himself. Thus I think that the “instituteur” of your example, which wants to create a stimulating environment without listening the children, is in a logical contradiction.

    I avoid the fastidious attitude that you correctly emphasize (this is NDI, this is not NDI…) simply because I don’t require my behaviour to be permanently oriented towards the development of other people, and vice versa. However, often it is a pleasure for me to adopt such a kind of behaviour, and of course, it is a pleasure when people adopt such a behaviour with me.

    Un abbraccio a te e a tutti, Bruno

  2. Merci de ton texte qui nous permet de réfléchir et de débattre – Je trouve très intéressant toutes ces questions qui se posent pour mieux comprendre.

    Voici quelques éléments de réflexion que ton texte me suggère :

    1. La non-directivité est un faux problème car si on n’est pas directement dirigé, on est toujours influencé par les autres puisque je ne vis pas isolée. Je pense donc que la non-directivité est une utopie. Par contre elle le mérite de vouloir s’opposer à tout ce qui est imposé – tout ce qui est de l’ordre de la contrainte et de la pression physique et/ou psychologique sur une autre personne .
    2. Avec la NDI, j’ai le dernier mot – cela veut dire que rien ne m’est imposé que je ne veux ou décide ou demande – et que si les influences du groupe ou d’une personne sont plus fortes que moi alors j’obéis – peut-être en le regrettant après – mais au départ je sais que je peux dire non – Cela me semble essentiel – et très différent de ce qui se pratique dans bon nombre de ‘méthodes’ de développement personnel. (où on me dit quel est le ‘bon’ chemin – la ‘bonne ligne de conduite’ pour parvenir à l’harmonie de soi)
    3. Avec la NDI, je n’ai pas d’interprétation ou de modèle à penser– mais des formulations sous formes d’hypothèses dans le travail centré sur la personne – ce qui me permet de m’interroger – de me positionner – d’être acteur dans le processus (thérapeutique ou apprentissage) – je ne suis pas passif – celui qui attend qu’on lui dise ce qu’il doit penser ou savoir –

    (d’où ma remarque lors du stage quand on en avait parlé ensemble sur la formulation de ‘relation d’aide’ où le sujet est – pour moi – placé en situation de passivité et d’attente )

    Donc, si je n’ai pas de ‘recettes’ – de ‘méthodes’ à apprendre, à suivre et à appliquer, c’est la plus grande des confiances et des libertés qui m’est donnée– pour prendre confiance en moi et vivre libre – et aussi en contre partie comme dans la vrai vie il y a toujours le risque de se tromper et là aussi j’ai à prendre cette responsabilité. (à être une ‘grande fille’ )

    4. Je ne vois pas dans la NDI une méthode mais bien une démarche de pensée dans laquelle : congruence, empathie, authenticité ( enfin ce que tu nomment ‘valeurs’ ) existent comme ailleurs mais sont utilisés dans une autre démarche et c’est cette autre démarche qui m’intéresse et fait sens pour moi. Et je ne mettrais pas sous le termes ‘valeurs’ ce que tu y inclus. (écoute- empathie … )
    5. La notion ‘d’intervenance’ me semble importante car ces interventions peuvent me faire avancer ( des choses auxquelles je n’ avais pas pensé … ) d’autant que je sais que j’ai la liberté de dire non – et aussi que je suis force de proposition – donc là encore complètement acteur de mon changement ( ce qui s’applique au niveau thérapeutique ou d’apprentissage)
    6. Je pense que la NDI ne correspond pas à ceux qui veulent des certitudes – qui attendent que la réponse à leurs problèmes soit analysée, interprétée et solutionnée à leur place – comme par la prise d’un médicament ou la parole vraie de celui qui sait et dans laquelle je vais me réfugier – et là je retrouve ce qui me semble essentiel à la NDI – ‘consubstantiel’ c’est l’implication –
    7. J’attends la traduction du texte de Bruno – mais peut-être peux-tu me la donner ?

  3. Voici le texte de Bruno traduit par une amie – bonne lecture pour celles et ceux qui n’ont pas pu le lire en anglais –
    Bises
    Véronique
    **********************

    Cher Guilain,

    J’ai qq remarques à faire au sujet de ton texte. Et si tu veux me répondre, tu peux le faire en français puisque je lis bien le français.

    Par exemple, il me semble qu’on ne peut distinguer l’écoute des désirs des principes fondamentaux de la théorie parce que c’est une conséquence logique des deux principes. Si je comprends bien ton second principe, les propositions et les interventions dont tu parles sont centrées sur les désirs de la personne. Dans ce cas, il est nécessaire de connaître ces désirs et l’écoute des désirs est alors une nécessité logique. A l’écoute des désirs, tu dois ajouter tout ce qui est nécessaire à cet objectif, comme l’écoute emphatique, etc.

    L’autre possibilité est que tu ne fasses pas reposer ton second principe sur des interventions centrées sur les désirs des personnes. Dans ce cas, il me semble que la théorie est trop pauvre et n’a alors aucune utilité.

    Je vais te dire comment je comprends la NDI (Michel, s’il te plaît sois indulgent avec moi).

    Il y a deux postulats de base sur la façon dont les êtres humains fonctionnent, ce qui rejoint tes deux principes :

    1. Les directions prises par une personne dans son développement reposent uniquement sur celles qu’elle a déterminées.
    2. Le développement d’une personne requiert des stimulations de l’environnement, lesquelles doivent être en accord avec les directions de la personne.

    Les soi-disants plus (ou valeurs ?) de la NDI sont ces deux postulats, en plus des lois (règles ?) psychologiques et d’outils qui nous permettent de déterminer les stimulations extérieures (de l’environnement) bonnes pour chaque personne. Et l’écoute des désirs est un d’entre eux. On devrait adhérer à ces valeurs parce qu’elles marchent et pas seulement parce qu’elles sont bonnes du point de vue de l’éthique. Bien sûr, il faudrait prouver scientifiquement qu’elles marchent et c’est sûrement un pb fondamental. J’ai seulement la certitude empirique que sur moi la plupart fonctionnent. Et j’ai aussi la certitude empirique que sur moi quelques unes d’entre elles seulement ne fonctionnent pas. Par exemple, je n’ai pas l’impression que mettre l’accent sur les feedbacks positifs aide toujours à mon développement. En fait, je ne suis pas sûr que ce soit un plus de la NDI, et cette remarque rejoint la requête que j’ai faite à Michel, pour une formalisation plus précise de la théorie.

    Les valeurs de la NDI ne sont pas toutes logiquement indépendantes (au contraire, je pense que la plupart d’entre elles sont logiquement interconnectées). Par exemple, il y a deux raisons logiques qui permettent d’éviter que l’on adhère aux deux postulats de base et de rejeter l’écoute des désirs quand on veut aider le développement d’une personne. Comme je l’ai déjà expliqué, on ne peut créer des stimulations positives pour une personne sans connaître les directions (désirs) qu’elle veut développer (en ?) elle-même. En plus, je pense que l’instituteur de ton exemple, qui veut créer un environnement stimulant sans écouter les enfants est dans une logique contradiction.

    J’évite l’attitude fastidieuse sur laquelle tu mets à juste titre l’accent (c’est de la NDI, ce n’est pas de la NDI…) simplement car je n’ai pas besoin que mon comportement soit constamment orienté vers les autres et vice versa. Cependant, c’est souvent un plaisir pour moi d’adopter un tel comportement et bien sûr c’en est un aussi quand les gens adoptent un tel comportement à mon égard.

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